La paix n’est pas le contraire de la guerre. Non pas au sens où elle ne serait qu’une continuation de la guerre par d’autres moyens, mais parce qu’il n’y a , hélas !, de paix durable qu’armée (du moins tant que règnera, pour parler comme les philosophes, l’état de nature entre les Etats). On pourrait l’oublier quand justement la paix dure longtemps. On pourrait alors penser qu’elle va de soi, qu’il suffit pour un pays d’être paisible pour rester en paix avec ses voisins. Mais c’est une illusion. A la vérité, ne sont en paix que les pays capables de se défendre et qui le font comprendre autour d’eux ; ou ceux qui peuvent compter sur la protection d’une autre puissance : les Soviétiques se seraient-ils arrêtés à l’Oder s’ils n’avaient pas aperçu, au-dessus de l’Europe de l’ouest, la puissance américaine ? Un pays désarmé ou mal armé (militairement ou moralement) n’est pas simplement inapte à repousser une éventuelle agression, mais il l’encourage. Le désarmement d’un pays est un appel d’air où s’engouffrera un jour ou l’autre un voisin.

C’est pourquoi le pacifisme (entendu comme refus absolu de la guerre) est dangereux : parce qu’après tout il peut exister des valeurs qui méritent d’être défendues au besoin par les armes : la liberté, la justice… mais surtout parce que, dès lors qu’il entraîne une nation à ne plus vouloir se défendre ou à ne plus en être capable, il devient une menace pour la paix elle-même.

Des siècles de guerres ont rendu l’Europe pacifique, et c’est très bien ; il ne faudrait pas qu’ils l’aient rendue pacifiste.