Rappelons qu’en France les seules limitations prévues par la loi à l’exercice de la liberté d’expression concernent les personnes et non les opinions. Je peux être sanctionné pour avoir diffamé une personne mais pas une opinion. Autrement dit la critique même injuste, même absurde, des opinions, quelles qu’elles soient, est totalement libre. La raison pour laquelle des propos racistes peuvent être poursuivis mais non des propos antireligieux est donc parfaitement claire : les premiers constituent des atteintes aux personnes (et celles-ci doivent être protégées), les seconds portent sur des opinions qui, même religieuses, n’ont pas , dans un pays laïque , à faire l’objet d’une protection particulière. Qu’on abolisse la distinction entre personnes et opinions, qu’on s’aventure à vouloir les protéger les unes et les autres, au motif qu’on peut aussi être blessé dans ses opinions, et c’en est tout simplement fini de la liberté d’expression.

Une nouvelle menace contre la liberté d’expression se profile : pendant longtemps elle fut contestée au nom d’une vérité unique et indiscutable ; elle commence à l’être aujourd’hui et paradoxalement au nom de la liberté d’opinion elle-même : celle-ci comprendrait non seulement le droit de pouvoir s’exprimer mais également celui d’ être protégé de la critique. C’est en empruntant cette voie que l’intolérance pourrait bien refaire surface dans notre pays.