Au cours du 20e siècle la pauvreté, dans un pays comme la France, a sensiblement et régulièrement régressé, même si elle touche encore, statistiquement parlant, 6 ou 10% (selon le seuil retenu pour le calcul) de la population totale (alors qu’en 1970 elle s’élevait à 12 et 17,9%). Il n’est malheureusement pas sûr du tout que cette régression persiste ni surtout au même rythme : on observe d’ailleurs depuis quelques années un essoufflement.

    Cela résulte sans doute d’une pluralité de causes, et parmi ces causes, le fonctionnement du régime démocratique lui-même. Dans un tel régime il est difficile voire impossible de sacrifier durablement la majorité des citoyens aux intérêts d’une minorité (privilégiée) ; en revanche il est tout à fait possible d’exclure pendant longtemps des minorités sans défense dans l’intérêt de la majorité (et des privilégiés) : « L’intérêt de la majorité, rappelle J. Généreux après bien d’autres, peut consister à exploiter des minorités ou à s’en désintéresser ». C’est l’une des formes que peut prendre, selon l’expression consacrée, la « dictature de la majorité ». Galbraith va même jusqu’à dire que ce fut, dans les pays démocratiques, une date paradoxalement terrible pour les pauvres que le jour où ils devinrent minoritaires : ce jour rendit leur exclusion possible (La République des satisfaits). Comment parviendrons-nous à surmonter démocratiquement cet obstacle ?