Il serait temps de s’entendre sur ce terme de discrimination puisqu’il joue et devrait continuer à jouer un rôle décisif dans les débats actuels. Or force est de constater que son emploi laisse bien à désirer. Passons sur le fait que le sens premier du mot ne soit plus convoqué (" faculté de discerner, de distinguer " selon  Littré ; " action, selon le Robert, de discerner, de distinguer les choses les unes des autres avec précision ", sens qui ne comportent évidemment aucune connotation péjorative). Admettons que seule l’acception péjorative soit retenue : la discrimination comme traitement inégalitaire et injuste de certains groupes (définis par le sexe, l’âge, l’orientation sexuelle, l’origine…) L’accusation de discrimination ainsi entendue est donc grave, et il faudrait éviter de la porter à la légère. Et c’est pourtant ce que l’on est amené à faire dès lors que l’on confond discrimination et différence. Toute différence de traitement ou même de droits ne constitue pas automatiquement une discrimination : pour prendre un seul exemple entre mille: certains actes juridiques sont interdits aux mineurs (il faut avoir un certain âge pour avoir un carnet de chèques, voter etc): qui prétendra que ce sont des discriminations (à dénoncer) ? Ou encore: est-ce une pratique discriminatoire que de ne pas autoriser certains infirmes à conduire ? A la vérité, pour qu’il y ait discrimination, il faut non seulement une différence de traitement ou de droits, mais que celle-ci soit arbitraire. Cette deuxième condition est essentielle, et l’omettre c’est ouvrir la porte à un délire intellectuel et politique, puisque, dès lors, toute différenciation devrait être analysée comme une discrimination à dénoncer et à combattre. Pour dire les choses autrement, l’affirmation d’une discrimination ne peut pas résulter d’une simple constatation ( on ne constate que des différences) ; elle implique en plus que l’esprit intervienne et se prononce sur le caractère légitime ou arbitraire de cette différence. C’est donc un véritable sophisme que de conclure immédiatement , comme on le fait pourtant trop souvent, de l’observation d’une différence à l’existence d’une discrimination.